ANGELINNA, Proposition # 16

   Adriano ALTAMIRA  -  La Tresse

ANGELINNA#16 - Adriano ALTAMIRA                      La Tresse, mise en place  le 01 09 21
Photographies  © Michel Clerbois

ANGELINNA #16 - Adriano ALTAMIRA  -  La Tresse,  1969-2021

instalation in situ, 2021 © Adriano Altamira











Le tressage d'images comme processus artistique

"En fin de compte, l'art est toujours le simulacre de quelque chose qui a été perdu", je lis en parcourant le site d'Adriano Altamira, à la recherche de références visuelles d'œuvres dont nous avions déjà parlé. Notre conversation avait été lancée sur la question de la tresse comme symbole, dans ce qui semblait d'abord être un jeu artistique. Mais très vite, alors qu'Adriano continuait à parcourir les photos et les catalogues de ses œuvres, il est devenu évident que cette idée de la tresse était beaucoup plus riche en subtilité, et a commencé à se déployer comme un processus permanent cherchant à tisser ces liens habituellement imperceptibles qui traversent le vaste domaine de notre culture visuelle de façons multiples.

En suivant l'évolution du travail d'Altamira, on a l'impression de se plonger dans les recueils visuels d'un historien de l'art plutôt atypique. Ces collections photographiques qui puisent dans l'histoire de l'art semblent au recueil de matériel pour des réflexions d'un théoricien, un type d'Atlas qui évoque fortement l'Atlas Mnémosyne d'Aby Warburg, bien que sa perspective diffère. Car, si un historien plonge dans l'univers des images comme un regard d'en haut, mobilisé par le désir de généraliser afin de trouver un système, le désir discret mais méthodologiquement guidé d'Altamira semble être celui d'un regard critique qui navigue au plus profond de cette mer visuelle chaotique, tressant des associations au fur et à mesure qu'il positionne une image à côté de l'autre dans ses séries photographiques. Mais, là où un théoricien procéderait par fragmentation de son sujet afin de le catégoriser, la démarche d'Altamira procède de manière plus libérée de toutes définitions : des associations momentanées surgissent lorsque les images se complètent en fonction d'un élément visuel que l'artiste utilise pour attacher son matériel photographique en de longues " tresses " visuelles. Ces associations rappellent sans aucun doute des mécanismes de la pensée inconsciente, et il n'est pas étonnant que le surréalisme et le rêve fassent également partie de son vocabulaire artistique.

Sa quête de sens ressemble beaucoup à celle de la divination, flirtant avec la théorie et l'histoire de l'art avec ces collections d'un nombre impressionnant de détails sur les œuvres et les artistes. Mais sa tentative s'échappe vers un objectif à la fois ambitieux et fugace. Pour Altamira, il semble que le sens soit abordé comme un processus, tandis que ses séries photographiques évoluent au fil du temps. Ces dernières sont parfois réorganisées en de nouvelles associations, et ainsi des nouveaux liens apparaissent, éclairant des nouvelles pistes de réflexion visuelle. L'image-mosaïque de Walter Benjamin me vient à l'esprit, lorsque je contemple le cheminement de l'œuvre d'Adriano Altamira. Comme si, au cours de sa carrière, l'artiste tentait d'assembler des tesselles à la recherche d'une scène générale qui reste encore insaisissable. Et c'est là que réside la beauté de son œuvre.

Le temps est un véhicule de pensée qui influence nos regards et nos vies. Et l'œuvre d'Adriano Altamira ne semble pas ignorer le processus de fermentation du temps, qui est souvent convoqué dans ses photographies. Comment concevoir le sens comme quelque chose de stable et de sorte d'idéal alors que tout dans la vie est en mouvement perpétuel ? On pourrait dire que le sens évolue, comme le symbole de la tresse qui survit et se transforme à travers les cultures, tout en restant présent pour nous rappeler le processus inconscient de résurgences originaires.

Athanasia VIDALI



Braiding imagesas an artistic process

"Ultimately, art is always the simulacrum of something that has been lost" I read somewhere, as I scroll through

Adriano Altamira's website, searching for visual references of works we had previously talked about.

Our talk had started with the question of the braid as a symbol, in what seemed at first to be presented as an artistic game. However, soon, as Adriano continued browsing through his works photos and catalogues, it became evident that this idea of braiding was way richer in subtlety, and started unfolding as a rather continuous process searching to weave those usually imperceptible links that run through the vast domain of our visual culture in multiple ways.

Following the evolution of Altamira's work, it seems as looking into the visual collections of a rather atypical art historian. These photographic collections that draw from art history seem like a compilation of material for a theorist's reflections, a kind of Atlas that strongly evokes Aby Warburg's Atlas Mnemosyne, although its perspective is different. For, if a historian delves into the universe of images as a gaze from above, mobilized by the desire to generalize in order to find a system, Altamira's quiet, but also methodologically guided, desire seems to be that of a critical gaze that navigates deep inside this chaotic visual sea, braiding singular associations as he positions one image next to the other in his photographic series. But there where a theorist would proceed by fragmenting his subject matter in order to categorize, Altamira's endeavor moves in ways more liberated of definitions: his associations surge as one image complements one another in terms of some visual element that the artist uses in order to attach his photographic material in long visual "braids". These associations definitely remind of unconscious thought processes, and it is no wonder that surrealism and dream make also part of his artistic vocabulary.

His quest for meaning resembles a kind of divination, flirting with the theory and history of art, collecting an impressive number of details about works and artists, yet, it escapes towards an ambitious and more elusive goal. For Altamira, it seems that meaning is approached as a process, as his photographic series evolve through time. Those series sometimes get rearranged into new associations, and new links occur illuminating thus new paths of visual reflections. Walter Benjamin's mosaic-image comes to my mind, as I see Adriano Altamira's work unfolding. As if during his career span, the artist tries to put together tesserae in search of a general scene that still remains elusive. And there lies the beauty of his endeavor.

Time is a thought vehicle that shapes our views as much as our lives. And Adriano Altamira's work seems not to be unaware of time's fermenting process, which is repeatedly summoned in his photographs. How to see meaning as something stable, a sort of ideal, when everything in life is in constant motion? One would say that meaning rather moves along, like the symbol of the braid, which survives and transforms through cultures, yet there remains to remind us of all this unconscious process of originary resurgences.

Athanasia VIDALI

ANGELINNA #16 - Adriano ALTAMIRA                      La Tresse, 1969-2021

instalation in situ, 2021 © Adriano Altamira